La naissance de Léana racontée par son papa

Le début de sa vie

Cette journée fut éprouvante. Dans mon souvenir, je n’arrivais pas à me concentrer sur autre chose que la future naissance de ma fille. En réalité, tout le temps où j’étais à mon travail, je n’avais de cesse que d’avoir mes pensées qui virevoltaient dans tous les sens. Comme si quelque chose devait avoir lieu sans qu’aucun fait tangible ne puisse me permettre de l’affirmer. Pourtant j’étais certain que c’était pour ce soir.

En rentrant à la maison, Nath me raconte sa journée dans laquelle elle aussi avait attendu avec certitude que ça se passerait aujourd’hui. Avec un peu de recul, du point de vue de Nath, c’est logique qu’elle puisse s’y attendre. Le décollement provoque forcément le travail dans la foulée. Seulement, en ce qui me concerne, c’est l’instinct qui joue. C’est comme ça, j’y peux rien, je laisse mon cerveau tirer les conclusions qui s’imposent et mon inconscient se débrouille pour me filer l’information. C’est naïf mais efficace très souvent…

En attendant, nous avons eu le temps de passer à table. Comme prévu, il y avait des pâtes au menu. Des sucres lents au cas où… une fois le repas terminé, je couche Maëlis en prenant soin de lui expliquer qu’il est très probable que dans la nuit, Nath et moi allions nous absenter pour accueillir Léana. Si tel est le cas, elle nous rejoindra le lendemain matin avec ses grands-parents pour faire sa connaissance.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour avoir la certitude qu’il fallait partir à la maternité. Le temps d’un café et d’un dernier message sur le blog et c’était fait. Nathalie essaye d’abord de joindre Isabelle, la sage femme choisie pour nous accompagner lors de la naissance. En effet, c’est un projet de naissance complet que nous avons mis en place. Le but est d’éviter toutes les frustrations que nous avons vécues pour la naissance de Maëlis. Donc on évite la péridurale pour des raisons physiologiques, on accouche dans la position la plus naturelle pour des raisons physionomiques. Et surtout, la personne qui sera à nos côtés, devra nous connaître depuis le début de la grossesse et sera là le moment opportun. Le but est aussi que cette personne accepte l’idée que la médicalisation d’une naissance n’est pas nécessaire et surtout qu’on puisse faire la part des choses entre le naturel des gestes d’accouchements et l’urgence médicale dans les cas difficiles. C’est un processus long et neuf mois ne semblent pas de trop à notre époque pour mettre en place ce projet. La prise de conscience de la naissance, comprendre exactement où la naissance de Maëlis a été difficile et pourquoi. Peut-on résoudre une partie ou tout le problème de dystocie des épaules, de prise de poids, de la durée interminable du travail… La douleur est elle si insupportable sans la péridurale. Peut-on la gérer afin d’optimiser le travail de la mère lors du moment le plus dur… Bref autant de questions et bien plus qu’Isabelle, notre sage femme a travaillé pour y répondre le mieux possible. Et bien entendu, le jour J, elle était pour nous devenue une évidence et surtout indispensable. Comment faire sans la personne qui sait où on va et comment faire. Elle connaît les gestes, les mots, les réactions à chaque moment du travail de la mère… Et impossible de la joindre par téléphone. On lui laisse plusieurs messages et on file à la maternité par anticipation.

Sur la route on plaisante sur la situation. Notre complicité des premiers jours revient comme au lycée. Ces moments nous rapprochent toujours et consolident encore un peu plus notre couple. Même si par moments, le fait de ne pas joindre Isabelle nous ramène à la réalité. Quelques contractions interrompent Nath dans ses phrases, mais ça ne semble pas insurmontable, en tout cas pas encore… Pourtant, une petite voix me disait qu’il ne fallait pas trop traîner sur la route. Je trouve les contractions trop rapprochées. Je me suis souvenu que la naissance de Maëlis avait commencé par des contractions plus espacées dans un premier temps. Mais quitte à avoir raison, n’en parlons pas, ce n’est pas la peine d’affoler tout le monde. Ce n’est pas le lieu, ni le moment et ni la voiture pour le faire.

Nous sommes arrivés vers 22h40 à la maternité. Dans mon fort intérieur j’étais déjà partagé entre, voir la réalité d’un naissance qui s’annonçait rapide, et le fait que je n’aurais probablement pas le temps ni les moyens de filmer la naissance comme je le voulais. En effet, c’est un témoignage pour Léana, mais aussi pour nous qui m’importe énormément.
Dès la descente de la voiture (j’ai trouvé une place à l’entrée de la mat’), j’ai compris que je devais prendre tous les bagages en une fois. Nath me dit : « tu devrais prendre uniquement le nécessaire. Tu auras le temps de redescendre. »
A ça je n’ai rien répondu hormis lui montrer ma détermination à tout prendre en une fois. Je ne voulais pas l’affoler ou déclencher de l’inquiétude en elle à ce moment là. Je gardais à l’esprit que j’étais le premier gardien de sa tranquillité. Peu de temps avant l’accouchement elle m’avait fait part de son désir de me savoir à ses côtés pour la garder, le moment venu, dans une bulle de zénitude afin de gérer l’accouchement comme elle l’a préparé depuis le début. J’ai accepté cette demande tacitement car avant la conception de Léana, j’avais pris conscience que je voulais une naissance plus naturelle et en accord avec le bébé et sa maman. Je me suis rendu compte très vite d’ailleurs que si j’avais soutenu plus avant Nath pour notre premier enfant, nous aurions probablement choisi ce mode de préparation à l’accouchement mais bon…
Donc en bon gardien, j’ai gardé pour moi ma vision d’une naissance rapide et j’ai pris tous les bagages. Quitte à me transformer en papa baudet pendant un étage !! Une fois arrivé dans le bon couloir, deux personnes se sont arrêtées à notre niveau. Elles allaient justement franchir la porte secrète. Celle derrière laquelle se trouve le temple des sages-femmes et accoucheurs miracles. Celle que nous allions franchir avec pour seule détermination, une naissance en accord avec la nature, donc en désaccord avec la médecine.

A ce moment, nous n’arrivions toujours pas à joindre Isabelle et ça commençait à devenir inquiétant. L’une des personnes nous ayant accueilli nous propose de passer en salle d’accouchement directement. Sous-entendu, il y a un type derrière vous qui est chargé comme une mule mais il ne rentre pas bien sûr. Donc vous pouvez y aller il va attendre ici. Toi ma grande t’as pas compris comment ça allait se passer. Heureusement, mon épouse, la mère de mes enfants, qui a toujours une répartie au plus juste au bon moment lui dit : «  je vais d’abord m’installer dans la chambre. Je suis avec Isabelle… »
La dessus, la sage femme, souriante comme une porte de prison, rétorque à sa collègue : « tu sais s’il y a une chambre de prête ? »
J’avais envie de répondre bien sûr que non !!! Isabelle a fait visiter la chambre à Nath plus tôt dans l’après-midi. Donc forcément que la notre est prête et libre !!! »
Mais encore une fois je me retiens… Le gardien, le gardien, le gard… ouf ils sont lourds ces bagages quand même !!!
Donc nous rentrons dans la chambre 101, celle qui avait été définie plus tôt dans la journée. On s’installe et la plus mal aimable des 2 sages femmes reste avec nous. Là j’ai eu un moment de doute. Soit elle voit en moi un mâle stupide et, comme elle est lesbienne, elle ne comprend absolument pas comment on peut vivre ça avec un homme. Soit SON homme la veille a refusé de vivre ça avec elle et elle en garde une rancœur juste pour moi… C’est fou comme je deviens parano moi !!

Je reprends mes esprit et me consacre à installer les affaires très succinctement et m’occupe surtout de soutenir Nath qui a des contractions rapprochées (- de 4min) et qui a besoin que je masse le sacrum régulièrement. Je profite qu’on nous laisse seuls pour changer de pantalon et passer un bas de jogging. Quitte à participer au marathon, je préfère être dans la bonne tenue. On prépare les quelques papiers et je réunis les affaires prévues pour aller dans la salle d’accouchement le moment venu. Entre temps, on arrive à avoir Isabelle qui demande à ce que Nath soit examinée par une sage femme le temps qu’elle arrive. Et zut !!! On venait d’arriver à se débarrasser de la dite sage femme. Bon on va la sonner !!!
A cela elle arrive avec un téléphone à la main étant déjà en train de prévenir une autre personne pour accoucher Nath. D’office elle annule sa commande et vient examiner Nath. Là, la confirmation, Nath a bien avancé le travail sans le savoir.

Plus de doute, on file à la salle d’accouchement pour faire le monitoring de 20 minutes sans attendre. Isa sera là probablement à temps mais dans le doute on ne pose pas de question et on file… Enfin, je prends les affaires et tente de ne pas me faire distancer par la sage femme qui me regarde, dépitée d’attendre 10 secondes que je franchisse cette porte secrète aux hommes !! Désolé ma grande mais toi tu vas pas finir la soirée si tu continues. Ma femme est peut être enceinte mais là c’est à moi que tu auras à faire si tu gardes ce comportement. Et un homme de femme enceinte c’est pas plus calme que la femme elle-même !!!
Bref on rentre dans le couloir central. Sur la droite, le bureau des sages-femmes. On avance et 2 portes plus loin on arrive devant la salle d’accouchement. Tout est à sa place comme prévu. Sauf Isa, dépêche toi s’il te plaît, ta collègue ne m’inspire pas confiance…

Nath s’installe sur le lit. Elle a froid et commence à trembler un peu. J’avoue que la suée piquée pour porter les bagages a vite disparu dans cette pièce. A ce moment précis, j’ai commencé par avoir quelques doutes sur la suite. Je fais un rapide bilan ; Isa n’est pas là avant 15 minutes, la sage femme ne nous quitte pas et quelqu’un est déjà prévenu qu’un accouchement est imminent. Sans Isa, je redoute le pire au niveau accouchement sans péridurale et gestion de la douleur et de l’environnement.
Mais je reprends mes esprits et j’insiste auprès de la sage-femme qui répond, habillée en polaire, qu’elle aussi a froid mais qu’elle n’y peut rien. En forçant, l’éclair de génie arrive, mettre la lampe à chauffer le berceau au max. Mais attention, ce n’est pas fait pour chauffer la salle. Etait-ce si important qu’elle nous le précise !!
Ensuite, on installe le monitoring sur Nath qui vient de s’allonger. Une fois prête, elle tente de se relever car allongée, les douleurs sont trop importantes. Je comprends très vite que ça dérange la sage femme qui doit avoir l’habitude de faire ce qu’elle veut. Là-dessus, elle nous fait comprendre que le monito ne doit durer que 20 minutes. Seulement c’est pile dans le temps où Nath va continuer à faire le travail de manière intense. Donc Nath s’assoit sur le côté du lit. Je m’agenouille et maintiens le capteur qui tente de se sauver. Et pendant 20 minutes, j’ai soutenu la tête de Nath tout en gardant le capteur bien en place pour ne pas lui faire subir ce calvaire 2 fois de suite.

Nath sent les contractions monter et les accueille autant que possible. Je l’accompagne en soutenant de tout mon corps sa position afin qu’elle se détende au maximum. Entre 2, je regardais la sage femme qui nous observait avec des yeux de merlan frit. Je pouvais lire dans son regard qu’elle était prête à faire un solitaire sur le PC dans le bureau et qu’on la dérangeait très clairement. Surtout qu’il devenait de plus en plus évident qu’elle jouait les nounous. Très vite ce sera notre sage femme qui prendra le relais et fera l’acte final. Il devenait très clair également que ce serait l’autre sage femme, la gentille, qui nous accompagnerait avec Isabelle. Elle venait souvent pour installer et préparer certains objets.

Lorsque j’ai vu Isabelle arriver en blouse, Nath était en pleine contraction. Je lui ai fait un signe et l’ai vu se diriger vers les plateaux du fond pour installer ses affaires. A ce moment précis, j’ai repris confiance. En effet, garder Nath concentrée sur son bien être, je savais comment m’y prendre. En revanche, mettre au monde un enfant je sais pas faire. Et il était hors de question de laisser quelqu’un forcer Nath à accoucher allongée. Dès qu’elle revient dans notre univers, je lui fais signe qu’Isa est arrivée. La première sage femme nous laisse et je peux enfin me concentrer sur Nath uniquement et moins sur l’environnement.
Tout se met en place, la salle est calme. Il est approximativement 23h30. Les locaux aux alentours semblent déserts. Nous sommes 4. Nath, moi, Isabelle et une sage femme pour aider Isabelle. Le monitoring est terminé et on aide Nath à s’asseoir à quatre pattes devant le ballon pour soulager la douleur. La position réflexe de Nath était de tendre le dos et de laisser faire la pesanteur. Je masse le sacrum et Isabelle se met en face d’elle. Dès qu’une contraction arrive, elle prend les mains de Nath et tire en avant pour accompagner la douleur. Visiblement cela devait être très efficace car Nath cherchait les mains dès qu’une contraction arrivait.  Nath demande aussi à ce qu’un bain soit préparé pour… ben pour le plaisir après tout.

Très vite j’ai vu qu’Isa avait besoin de temps pour installer et préparer certaines choses. Alors je me suis mis d’instinct devant Nath et lui ai pris les mains pour l’accompagner. Dans le même temps, j’ai demandé à la sage femme accompagnante de masser le sacrum à ma place. A ce stade, je voyais bien que c’était subsidiaire mais au moins elle participait. Isabelle regardait l’heure régulièrement et surtout accompagnait Nath juste ce qu’il fallait pour la guider sur les sensations ressenties. Cela permettait de savoir où elle en était et de juger quand la poussée allait arriver.

Grâce à la parfaite gestion de la douleur, Nath était presque endormie entre les contractions. Je me suis souvenu que si le corps répondait favorablement à la souffrance, il produisait de l’endorphine. Si le corps stresse sous l’effet de la douleur, ce sera de l’adrénaline. Et visiblement, Nath savait parfaitement produire l’endorphine !! Au bout de 40 minutes environs, Isa propose de stopper le ballon et de passer sur le lit. Le bain n’aura finalement pas lieu. L’eau avait commencé à remplir la baignoire, mais le temps qu’elle termine, Nath avait très bien avancé le travail et il était temps…

Il était entendu que la position idéale pour Nath serait de rester à quatre pattes sur le lit. Isa se met en place ainsi que Nath qui sent une contraction arriver et cherche quelque chose pour tenir ses mains. C’est à ce moment que je suis content de ne pas avoir fait de couvade. Je me glisse entre le mur et la tête de lit et attrape les mains de Nathalie avant que la panique ne la gagne. A ce moment, elle attrape mes mains et s’accroche avec une force qui me surprend !! Je tiens ses mains en essayant de ne pas lui écraser les doigts. Je trouve mon équilibre et je laisse Nath se tenir à moi à sa guise. Je sens sa force jaillir par flots et durcis mon étreinte comme les vagues s’explosent avant de se retirer. Deuxième poussée, une fois en place, je prends conscience des cris qu’elle pousse. C’est idiot mais la panique a commencé à m’envahir légèrement avec des images de film d’horreur. Les cris étaient les mêmes. Il m’a fallu une bonne dose de concentration pour chasser ces images. Les chants sont nécessaires et aident Nath à pousser. Mais c’est difficile de s’en convaincre lorsque ma femme me serre les mains si fort…

Troisième poussée, j’ai repris mes esprits. Surtout, je sens que Nath est décidée à faire cesser la situation. Elle pousse si longtemps que son dos devient rouge sang. Son corps tendu à l’extrême, je comprends que toute sa concentration va dans le bas du dos. Sa position est comme figée, elle pousse, pousse encore jusqu’à repousser la limite. Mais il est temps… Temps pour Léana de sortir et temps pour Nathalie de prouver qu’elle a eu raison sur toute la ligne. Elle continue de pousser, un moment interminable et… Léana arrive. Ce qui m’a frappé c’est que Nath ne pousse aucun cri lors de l’expulsion contrairement à la naissance de Maëlis. Je m’attendais à des sursauts mais rien. Je vois ma fille allongée sur le dos, le cordon qui la relie à sa mère. Isa passe naturellement Léana à Nath par dessous. Elle l’attrape et se pose sur le dos, Léana contre elle. Tout redevient calme. J’ai à peine eu le temps de saisir la caméra et de commencer à ne pas filmer !! J’ai juste oublié d’appuyer sur enregistrement !!! Heureusement je m’en rends compte rapidement et enclenche l’enregistrement. Je ne rate aucun moment du peau à peau tant espéré par Nath. Elle semble incroyablement calme et sereine. Elle est si simple, si naturelle. Isa la couvre ainsi que le bébé immédiatement afin que le moment puisse durer. 

Ensuite, vient rapidement mon tour de couper le cordon qui a cessé de battre. Puis Isa demande à ce que je prenne Léana le temps de la délivrance. J’ai droit à un peau à peau moi aussi. Durant presque une demi heure je garde Léana sur moi. Je lui fredonne un air calme et l’aide à se calmer. J’oublie totalement ce qui se passe à nos côtés. Tout devient un peu confus. Je marche, je chante, j’attends que mon tour passe et Isa vient vers moi pour qu’on redonne Léana un peu à sa mère.

Pendant ce temps, je file chercher une bouteille d’eau car Nath à très soif. C’est vrai que durant l’accouchement, j’ai passé mon temps à lui arroser les lèvres avec un brumisateur de poche. Mais après un tel effort, le brumisateur n’était plus de taille !!
Lorsque je reviens, Nath est seule avec Léana. Nous sommes restés un long moment tous les trois. J’ai appelé quelques personnes rapidement, envoyé une photo pour d’autres. J’ai pris plusieurs photos. Mais surtout, nous avons discuté longuement sur la rapidité de sa naissance et sur le côté naturel et physiologique du moment. Nath se sentait sereine et ça se voyait à son visage. Ca se ressent encore aujourd’hui.

Au bout d’un long moment, Isa revient vers nous pour poursuivre la venue de Léana. On l’habille et on lui retire les quelques traces de sang sur le visage. Le bain n’est pas nécessaire, probablement parce qu’elle était arrivée à terme. Mais avant tout ça, on la pèse et on la mesure ; 50 cm, pas de surprise. En revanche le poids l’est plus : 4Kg 334. Isa et moi on se regarde et on annonce à Nath la nouvelle. Elle lâche un petit rire et nous prévient tout de suite que si elle en avait été informée avant, elle se serait probablement enfuie. C’est incroyable pour elle d’avoir pu faire tout ceci sans péridurale et dans des conditions de respect de la physionomie humaine. Nous avons vécu la naissance de Léana exactement comme prévu, naturelle, simple, sans peur, dans notre univers, et la voilà…

Reste un détail à régler en ce qui me concerne à ce moment, est-ce que je reste la nuit avec Nath, ou est-ce que je rentre à la maison pour m’occuper de Maëlis. Une fois arrivé dans la chambre, j’ai suivi mon instinct et préféré rentrer à la maison. Nath était d’accord avec cela et je pense surtout qu’elles avaient beaucoup de chose à se dire avec Léana. La complicité qu’elles avaient eu durant 9 mois devait s’estomper en douceur.

Sur le trajet du retour, j’étais étonné de l’heure qu’il était, presque 3h00 du matin. Nous étions partis confiants quelques heures plus tôt, et là où Nath s’attendait à une attente longue, nous avons vécu ce moment sur 4 heures environ. C’est un peu une naissance comme une lettre à la poste, mais livrée par UPS !!
Une fois rentré chez moi, je file me coucher avec le sentiment que j’avais raté quelque chose. En effet, j’ai l’impression de ne pas avoir eu le temps de vivre pleinement la venue de Léana comme celle de Maëlis. J’ai l’impression d’avoir accompagné ma femme à une opération médicale et qu’elle était en convalescence. C’est dur à décrire mais avec le temps, je pense que c’est l’effet d’un manque de prise de conscience de la situation. Depuis 3 mois, je menais de front un nouveau poste à mon travail avec tout l’apprentissage et les responsabilités qui incombent. La préparation de Maëlis à la venue de Léana et la préparation de Nathalie à vivre ce moment pleinement. Ma concentration sur tout ça n’était pas figée sur la naissance de Léana, mais sur le maintien d’un équilibre entre tout mon univers.

Léana a quinze jours maintenant, et je pense encore qu’il me faudra du temps pour comprendre et vivre pleinement sa venue parmi nous. Peut-être que les 2 prochaines semaines vont être décisives à ce sujet. Je vais être à la maison à 100% pour raison de congé paternité. J’ai encore beaucoup de chemin à faire pour rattraper Nathalie et Maëlis auprès de Léana… Quinze jours ne seront pas de trop !!