La chute de l'histoire
Nous en sommes donc à la plage. Je galope sur les portions de plage de chaque hôtel, je ralentis à chaque "changement de plage" puisque l'anse est parfois décalée par une digue de rochers. J'échange avec le guide, et je repars en tête.
Sur une plage, un papa et sa petite fille font un chateau de sable, je repasse au pas bien avant eux, je les contourne largement pour ne pas les effrayer et je reprends le galop après les avoir dépassé.
Je crois bien que c'est à la plage suivante que ça s'est passé.
Je repars au galop, je suis bien et je me sens légère, je vole presque au dessus de la plage, c'est tellement agréable, je suis détendue et je n'ai pas du tout peur. Presque imperceptiblement pourtant, je sens que mon cheval soulève les postérieurs, une ruade de l'arrière train soudaine et inattendue me projète sur la gauche du cheval, côté mer.
Je m'envole et je n'ai même pas le temps de me raidir, d'appréhender, j'aperçois les jambes du cheval à hauteur de mes yeux une fraction de seconde et j'ai à peine le temps de me dire "pourvu qu'il ne me piétine pas au passage" que je suis déjà au sol, sur le sable mouillé et plat.
Je suis allongée sur le dos, la mer à ma droite, le ciel d'un bleu magnifique au dessus de moi, avec une explosion de douleur en bas du dos.
Quelques instants plus tard, la tête du guide surgit dans le bleu du ciel et me dit "lève toi madame, bouge tes jambes, allez debout !" Je lui dis "2 minutes !" J'ai trop mal, je me hisse sur le côté et la douleur est intense, impensable sous un ciel aussi bleu.
J'oublie mon cheval qui s'est enfui, j'oublie la plage et les quelques touristes impressionnés qui y trainent encore, il y a juste cette douleur extraordinaire et les sollicitations incessantes du guide pour que je me lève. Je finis par me dire que s'il m'en croit capable c'est que je vais bien y arriver, je prends la main qu'il me tend et il me hisse en position verticale, la douleur redouble et je sens que je vais m'évanouir. Je lui dis "je ne peux pas" et je retombe par terre.
La douleur pulse mais allongée sur le sol je retrouve mes esprits. Petit à petit, j'arrive à m'assoir sans que ma tête ne tourne. Je vois que des locaux ont ramené mon cheval, je l'enguirlande un peu même si je sais qu'il ne pipe rien à mon français et Ali Baba arrive (le responsable du Ranch qui m'a vendu la sortie). Avec un grand sourire inquiet il me lance avec son accent habituel "aloooors gazelle !!" Lui aussi veut absolument me voir debout. J'ai repris mes esprits, et avec son soutien j'accepte d'essayer de me relever même si je n'y crois pas trop. La deuxième est la bonne.
Je me déplie dans la douleur, je suis raide comme tout et j'ai mal des fesses jusqu'au milieu du dos. Tout mon bassin est figé comme dans une gaine. Je vois le taxi qui l'a amené et qui l'attend, je comprends que quelqu'un l'a appelé. Peut-être la raison pour laquelle mon guide était si pressé de me voir debout ?
Il me dit qu'il va me ramener en taxi au ranch et me donner un autre cheval pour terminer l'heure qu'il me reste, un gentil cheval... je lui explique ce qui s'est passé, lui indique qu'un cheval qui n'est pas sorti depuis une semaine et qui a peur de l'eau c'est pas l'idéal pour un galop sur la plage et en disant ça je me sens bête de ne pas avoir mieux anticipé l'accident. Il se met à causer en arabe avec le guide et je sens qu'ils s'engueulent un peu mais quand je leur demande qu'est-ce qu'il dit ? qu'est-ce qu'il y a ? personne ne se donne la peine de me donner une traduction...
Je bois un peu d'eau (chaude !) dans la bouteille du taxi et je m'installe douloureusement. Il me ramène au ranch et se rend compte que je ne remonterai pas à cheval ce soir. Il me conseille de faire des longueurs de piscine et me promet une sortie à cheval le lendemain pour se rattraper.
J'arrive donc à ma chambre une heure plus tôt que l'heure prévue. Je garde le sourire pour n'impressionner personne mais j'ai vraiment très très mal. Maëlis part dîner avec ses grands-parents et Stéphane m'aide à me déshabiller pour la douche. Je mets un temps infini à enlever mon jean, et je suis incapable de me relever du lit sans aide. Il me soutient jusque dans la douche dans laquelle jamais je n'aurais pu monter seule.
La nuit qui suit est très dure. Je ne ferme pratiquement pas l'oeil, aucune position ne me soulage et vers 4 heures du matin la dose d'Ibuprophène que j'avais pris la veille ne fait plus du tout effet. J'essaie de me lever mais je manque de m'évanouir, Je me recouche et la douleur me donne froid, je tremble de partout, je demande une 2ème couverture à Stéphane. Je reprends des cachets et dès qu'ils font effet, ouf ça va mieux.
Quand j'arrive enfin à aller aux toilettes je sens bien que tout a été chamboulé là dedans... j'ai envie de faire pipi mais je n'arrive plus à ouvrir le robinet... ça me rappelle quand j'ai eu la péridurale pour Maëlis... heureusement la commande finit par fonctionner et de fois en fois le débit retrouve une pression normale...
Je passe un samedi "tout doux tout doux", marchant à petits pas et profitant de la piscine ou la pesanteur amoindrie me soulage. Ali Baba revient aux nouvelles mais comprend que je ne remontrai pas à cheval bien vite... non pas que j'en sois dégoûtée, ça non, je remontrai, mais je peux à peine supporter de poser mes fesses sur une chaise avec la dose maximum d'antalgiques alors sur un cheval...
Je ne veux pas voir de médecin en Tunisie, nous rentrons donc comme prévu dimanche matin. 2h20 de vol que je supporte grâce aux médicaments pris juste avant l'embarquement.
Après consultation et radio, la dernière vertèbre sacrée a été touchée mais je m'en tire bien. Il n'y a rien à faire qu'attendre en soulageant la douleur que le corps fasse son boulot pour se réparer. Peut-être quelques séances d'ostéopathie termineront de me remettre sur pieds avant que je ne sois capable de me remettre en selle.
Dans ma malchance j'ai eu de la chance. Mon médecin m'a dit qu'en forêt sur une racine d'arbre ou sur la plage avec un rocher, j'aurais pu m'en tirer beaucoup moins bien... simplement avec une fracture un peu plus prononcée j'étais déjà bonne pour 6 semaines de corset et je ne sais combien de temps de rééducation. D'autant que je montais sans bombe et je ne suis pas bien sûre que ce genre de ranch ait la moindre assurance !
Je suis arrêtée depuis notre retour. J'espère reprendre le travail la semaine prochaine, au plus tard la semaine suivante j'espère.
Ces lignes témoignent que je parviens mieux à m'assoir, reste à voir si j'arrive à supporter le siège de la voiture au volant et je pourrai retourner travailler. J'en ai assez de rester chez moi à ne rien faire d'autre que revoir défiler ma chute en boucle.
Est-ce que je remonterai à cheval ? oui
Est-ce que je regrette mon aventure de Djerba ? la chute bien sûr, mais tout ce qui a précédé était divin
Tout cela me conforte juste dans l'idée qu'il va me falloir apprendre plus "sérieusement" à monter comme il faut en club pour pouvoir mieux maîtriser ou anticiper ce genre de situation.
Ma conclusion, nous sommes peu de chose et la vie est fragile, j'ai bien l'intention de continuer à en profiter. On ne s'imagine pas qu'il puisse nous arriver quoi que ce soit sous un ciel aussi bleu. Après tout ce mouvement j'ai été sidérée par la rapidité de la chute et l'immobilisme qui a suivi, maintenant encore je me demande comment ce vol plané si "léger" a pu être si dur à l'attérrissage... Comment un évènement d'une fraction de seconde aura pu impacter ma vie sur plusieurs jours (c'est là ma chance puisque pour d'autres c'est pour la vie...) Rester conscient de notre fragilité est important pour être prudent, mais surtout pour réaliser la chance qu'on a de vivre des moments aussi exceptionnels. J'ai eu très mal, j'ai mal, mais je marche. Tout va bien.
Sur une plage, un papa et sa petite fille font un chateau de sable, je repasse au pas bien avant eux, je les contourne largement pour ne pas les effrayer et je reprends le galop après les avoir dépassé.
Je crois bien que c'est à la plage suivante que ça s'est passé.
Je repars au galop, je suis bien et je me sens légère, je vole presque au dessus de la plage, c'est tellement agréable, je suis détendue et je n'ai pas du tout peur. Presque imperceptiblement pourtant, je sens que mon cheval soulève les postérieurs, une ruade de l'arrière train soudaine et inattendue me projète sur la gauche du cheval, côté mer.
Je m'envole et je n'ai même pas le temps de me raidir, d'appréhender, j'aperçois les jambes du cheval à hauteur de mes yeux une fraction de seconde et j'ai à peine le temps de me dire "pourvu qu'il ne me piétine pas au passage" que je suis déjà au sol, sur le sable mouillé et plat.
Je suis allongée sur le dos, la mer à ma droite, le ciel d'un bleu magnifique au dessus de moi, avec une explosion de douleur en bas du dos.
Quelques instants plus tard, la tête du guide surgit dans le bleu du ciel et me dit "lève toi madame, bouge tes jambes, allez debout !" Je lui dis "2 minutes !" J'ai trop mal, je me hisse sur le côté et la douleur est intense, impensable sous un ciel aussi bleu.
J'oublie mon cheval qui s'est enfui, j'oublie la plage et les quelques touristes impressionnés qui y trainent encore, il y a juste cette douleur extraordinaire et les sollicitations incessantes du guide pour que je me lève. Je finis par me dire que s'il m'en croit capable c'est que je vais bien y arriver, je prends la main qu'il me tend et il me hisse en position verticale, la douleur redouble et je sens que je vais m'évanouir. Je lui dis "je ne peux pas" et je retombe par terre.
La douleur pulse mais allongée sur le sol je retrouve mes esprits. Petit à petit, j'arrive à m'assoir sans que ma tête ne tourne. Je vois que des locaux ont ramené mon cheval, je l'enguirlande un peu même si je sais qu'il ne pipe rien à mon français et Ali Baba arrive (le responsable du Ranch qui m'a vendu la sortie). Avec un grand sourire inquiet il me lance avec son accent habituel "aloooors gazelle !!" Lui aussi veut absolument me voir debout. J'ai repris mes esprits, et avec son soutien j'accepte d'essayer de me relever même si je n'y crois pas trop. La deuxième est la bonne.
Je me déplie dans la douleur, je suis raide comme tout et j'ai mal des fesses jusqu'au milieu du dos. Tout mon bassin est figé comme dans une gaine. Je vois le taxi qui l'a amené et qui l'attend, je comprends que quelqu'un l'a appelé. Peut-être la raison pour laquelle mon guide était si pressé de me voir debout ?
Il me dit qu'il va me ramener en taxi au ranch et me donner un autre cheval pour terminer l'heure qu'il me reste, un gentil cheval... je lui explique ce qui s'est passé, lui indique qu'un cheval qui n'est pas sorti depuis une semaine et qui a peur de l'eau c'est pas l'idéal pour un galop sur la plage et en disant ça je me sens bête de ne pas avoir mieux anticipé l'accident. Il se met à causer en arabe avec le guide et je sens qu'ils s'engueulent un peu mais quand je leur demande qu'est-ce qu'il dit ? qu'est-ce qu'il y a ? personne ne se donne la peine de me donner une traduction...
Je bois un peu d'eau (chaude !) dans la bouteille du taxi et je m'installe douloureusement. Il me ramène au ranch et se rend compte que je ne remonterai pas à cheval ce soir. Il me conseille de faire des longueurs de piscine et me promet une sortie à cheval le lendemain pour se rattraper.
J'arrive donc à ma chambre une heure plus tôt que l'heure prévue. Je garde le sourire pour n'impressionner personne mais j'ai vraiment très très mal. Maëlis part dîner avec ses grands-parents et Stéphane m'aide à me déshabiller pour la douche. Je mets un temps infini à enlever mon jean, et je suis incapable de me relever du lit sans aide. Il me soutient jusque dans la douche dans laquelle jamais je n'aurais pu monter seule.
La nuit qui suit est très dure. Je ne ferme pratiquement pas l'oeil, aucune position ne me soulage et vers 4 heures du matin la dose d'Ibuprophène que j'avais pris la veille ne fait plus du tout effet. J'essaie de me lever mais je manque de m'évanouir, Je me recouche et la douleur me donne froid, je tremble de partout, je demande une 2ème couverture à Stéphane. Je reprends des cachets et dès qu'ils font effet, ouf ça va mieux.
Quand j'arrive enfin à aller aux toilettes je sens bien que tout a été chamboulé là dedans... j'ai envie de faire pipi mais je n'arrive plus à ouvrir le robinet... ça me rappelle quand j'ai eu la péridurale pour Maëlis... heureusement la commande finit par fonctionner et de fois en fois le débit retrouve une pression normale...
Je passe un samedi "tout doux tout doux", marchant à petits pas et profitant de la piscine ou la pesanteur amoindrie me soulage. Ali Baba revient aux nouvelles mais comprend que je ne remontrai pas à cheval bien vite... non pas que j'en sois dégoûtée, ça non, je remontrai, mais je peux à peine supporter de poser mes fesses sur une chaise avec la dose maximum d'antalgiques alors sur un cheval...
Je ne veux pas voir de médecin en Tunisie, nous rentrons donc comme prévu dimanche matin. 2h20 de vol que je supporte grâce aux médicaments pris juste avant l'embarquement.
Après consultation et radio, la dernière vertèbre sacrée a été touchée mais je m'en tire bien. Il n'y a rien à faire qu'attendre en soulageant la douleur que le corps fasse son boulot pour se réparer. Peut-être quelques séances d'ostéopathie termineront de me remettre sur pieds avant que je ne sois capable de me remettre en selle.
Dans ma malchance j'ai eu de la chance. Mon médecin m'a dit qu'en forêt sur une racine d'arbre ou sur la plage avec un rocher, j'aurais pu m'en tirer beaucoup moins bien... simplement avec une fracture un peu plus prononcée j'étais déjà bonne pour 6 semaines de corset et je ne sais combien de temps de rééducation. D'autant que je montais sans bombe et je ne suis pas bien sûre que ce genre de ranch ait la moindre assurance !
Je suis arrêtée depuis notre retour. J'espère reprendre le travail la semaine prochaine, au plus tard la semaine suivante j'espère.
Ces lignes témoignent que je parviens mieux à m'assoir, reste à voir si j'arrive à supporter le siège de la voiture au volant et je pourrai retourner travailler. J'en ai assez de rester chez moi à ne rien faire d'autre que revoir défiler ma chute en boucle.
Est-ce que je remonterai à cheval ? oui
Est-ce que je regrette mon aventure de Djerba ? la chute bien sûr, mais tout ce qui a précédé était divin
Tout cela me conforte juste dans l'idée qu'il va me falloir apprendre plus "sérieusement" à monter comme il faut en club pour pouvoir mieux maîtriser ou anticiper ce genre de situation.
Ma conclusion, nous sommes peu de chose et la vie est fragile, j'ai bien l'intention de continuer à en profiter. On ne s'imagine pas qu'il puisse nous arriver quoi que ce soit sous un ciel aussi bleu. Après tout ce mouvement j'ai été sidérée par la rapidité de la chute et l'immobilisme qui a suivi, maintenant encore je me demande comment ce vol plané si "léger" a pu être si dur à l'attérrissage... Comment un évènement d'une fraction de seconde aura pu impacter ma vie sur plusieurs jours (c'est là ma chance puisque pour d'autres c'est pour la vie...) Rester conscient de notre fragilité est important pour être prudent, mais surtout pour réaliser la chance qu'on a de vivre des moments aussi exceptionnels. J'ai eu très mal, j'ai mal, mais je marche. Tout va bien.
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